Maroc/ Zones industrielles: Des trois «F», le foncier reste une équation | Land Portal | Sécurisation des droits fonciers à travers les données ouvertes

Date: 11 juillet 2019

Source: L'Economiste

Par: Nadia Dref

Spéculation, cherté, difficulté d’accès aux terrains et au financement, manque de valorisation et d’entretien… Le foncier industriel est un des freins majeurs à l’investissement. Il favorise également le basculement vers l’informel. Une donne qui n’a pas changé depuis des années. 

Au moment où l’on parle de «success stories», notamment celles menées par MedZ au niveau de Tanger et Kénitra ou encore par la CFCIM à travers ses 9 parcs industriels, la réalité est toute autre dans les zones dites «libres». L’anarchie y règne de telle sorte que sur les 10.000 ha commercialisés, 50% ne sont pas valorisés. Les spéculateurs parieraient sur le changement de vocation des zones industrielles ou encore la saturation du foncier industriel dans la région pour vendre plus cher. A titre d’exemple, le foncier industriel dans la région parisienne est moins cher qu’à Casablanca! Ceux qui détiennent les terrains vendent aux plus offrants sans se soucier de la vocation de la ZI. «Il est anormal que des stations de services ou encore des salles de sport soient implantées dans des zones industrielles», tempête Adil Rais, président des zones industrielles de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma . Une des solutions pour bloquer cette surenchère est d’opter pour le locatif dans les régions où il y a une forte demande. L’offre existe déjà: 200 ha sont dédiés au foncier locatif, a souligné Ali Seddiki, directeur général de l’industrie(1). 

Pour contrecarrer la spéculation, le ministère de l’Industrie a lancé une réforme des zones industrielles. L’objectif  est d’accélérer la déclinaison régionale du Plan d’accélération industrielle (PAI) et d’augmenter la création d’emplois et de richesses.  Un projet de loi est en cours de finalisation, un texte qui régule à la fois la réhabilitation et la création des plateformes. Plusieurs nouveautés sont annoncées. Ce projet de loi devra acter le retrait du foncier, en cas de non valorisation, sans passer par les tribunaux. Le conservateur peut intervenir le cas échéant. Une opération pilote a été menée avec succès à Agadir. Le projet de texte devrait également garantir le droit de préemption à l’aménageur. «Si l’investisseur est en difficulté, il y a des possibilités d’aide de la part de l’Etat. Sinon, l’expropriation sera de mise», confirme Ouatika El Khalfi, directrice des infrastructures industrielle, commerciale, technologique et de R&D au ministère de l’Industrie 

Autre nouveauté: en l’absence d’association gestionnaire, la gestion des zones industrielles sera confiée aux Chambres de commerce, d’industrie et de services (CCIS). Au vu de l’inefficacité de ces structures, on peut se demander si le fait de leur confier la gestion des zones industrielles serait un choix pertinent. La plupart des chambres de commerce sont actuellement presque en veilleuse.

Le financement n’est pas un problème

Côté financement, la mise en place de zones industrielles est soutenue par le Fonds Hassan II et le Fonds des zones industrielles durables (Fonzid). Ce dernier a fait l’objet d’un appel à projet lancé par l’agence Millennium Challenge Account-Morocco (MCA-Morocco) en partenariat avec le ministère de l’Industrie en mars dernier et qui vient d’être clôturé. Sur 305 candidatures, 111 étaient éligibles. A la fin, 58 ont été retenues pour être examinées par comité mixte. Les résultats seront annoncés en septembre. Le Fonzid est doté de 30 millions de dollars dont 50% apportés par le gouvernement. Il vise à renforcer le modèle de zones industrielles durables et à contribuer à l’amélioration de la productivité et des performances environnementales et sociales des entreprises dans les zones industrielles. Objectif: augmenter l’offre de terrains industriels répondant aux besoins des entreprises en termes notamment d’emplacement, de qualité des infrastructures, de services d’accompagnement et de prix compétitifs. 

Les opérateurs relèvent également les problèmes de gouvernance. «Ce sont surtout les communes qui bloquent les chantiers de mise à niveau ou de réforme des zones industrielles. De plus, elles ne déboursent aucun sou pour leur réhabilitation. Il faut un vrai pilote pour gérer ces infrastructures», souligne un opérateur.       

 Les industriels appellent à la réhabilitation des friches et à l’injection d’une nouvelle offre. Actuellement, il existe 110 zones industrielles dont la majorité est vétuste et mal équipée. Celles dites de nouvelle génération sont l’exception. Elles sont gérées par deux opérateurs privés: MedZ et CFCIM. Un autre parc industriel est en cours de valorisation, il s’agit de Logintek implanté à Settat.

(1) Lors du Forum sur les ZI organisé le 9 juillet à Bouskoura

 

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